Le calendrier de la fashion week femme est particulièrement étoffé : une centaine de maisons se côtoient pendant neuf jours pour le même événement.
On pourrait parler des nouveaux DA : Jonathan Anderson chez Dior, Sarah Burton chez Givenchy, Michael Rider chez Celine, Jack McCollough et Lazaro Hernandez chez Loewe, et bien sûr, Antonin Tron chez Balmain.
On pourrait aussi parler de l'immense hétérogénéité des situations économiques de ces marques, de la grande diversité de leurs organisations et de leurs gouvernances.
Ce qui m'intéresse le plus, c'est leur modèle industriel.
Euh oui, industriel : qu'elles fassent 35 millions ou 19 milliards de chiffre d'affaires, derrière les pièces qui défilent il y a des équipes qui réalisent des prototypes, développent des produits, achètent des matières, industrialisent, planifient, produisent et livrent.
On trouve les deux extrêmes dans ce calendrier : des Maisons très intégrées, qui disposent d'un appareil industriel important qui leur appartient. Et des marques qui s'appuient très largement sur des fabricants externes.
Entre les deux, une multitude de modèles hybrides.
Si on veut compliquer encore, une même Maison peut être très intégrée pour une catégorie de produits (Louis Vuitton pour la maroquinerie) mais moins pour une autre (Louis Vuitton pour le prêt-à-porter).
Certaines sont intégrées pour une partie du process de fabrication mais pas pour le produit fini, confié à des façonniers. Prada a 25 sites industriels, mais aussi 450 fabricants (la plupart sont en Italie).
C'est sans doute le modèle le plus répandu pour les marques qui ont atteint une certaine taille : ateliers propres sur certaines catégories ou étapes critiques, sous-traitance sur d'autres, participations dans des fournisseurs stratégiques, métiers d'art intégrés, capacités externes utilisées pour absorber les volumes.
Même la nuance "fabrication interne ou externe" n'est pas forcément pertinente. Une maison peut ne pas posséder une manufacture, tout en exerçant un contrôle extrêmement fort sur elle : fournisseur travaillant presque exclusivement pour la marque, capacités réservées, investissements communs, équipes techniques présentes chez le fabricant, matières premières fournies par la maison...
À l'inverse, posséder un atelier ne signifie pas nécessairement fabriquer l'intégralité d'une collection en interne.
La géographie industrielle est elle aussi très variable : France très majoritairement pour certaines Maisons, Italie pour d'autres, structures très européennes ou structures beaucoup plus internationalisées pour certaines marques contemporaines.
Bref, quand on parle de "mode et luxe", on peut parler de réalités de design, de développement, d'industrialisation et de production extrêmement contrastées.
Quand une Maison cherche son Directeur Industriel, elle peut rechercher un profil très différent d'une autre marque qui est elle aussi sur ce calendrier...et qui cherche aussi son Directeur Industriel.
Dans un cas, elle cherchera le dirigeant de plusieurs manufactures intégrées et de centaines, voire de milliers de collaborateurs.
Dans un autre, elle cherchera quelqu'un capable de piloter un écosystème de façonniers et de fournisseurs, sécuriser des capacités, arbitrer des allocations, garantir qualité, coûts et délais.
Ailleurs encore, le directeur industriel sera très proche du studio, du développement produit, de l'industrialisation. Son périmètre inclura peut-être la supply chain ou les achats. Peut-être pas. Ou peut-être seulement une partie !
Sur LinkedIn, ils s'appelleront tous "COO" ou "Directeur Industriel" ou "Directeur des Opérations".
La connaissance du secteur du luxe ne sera pas suffisante pour "trouver le bon".
Il faut aussi comprendre comment les entreprises fabriquent réellement leurs produits, où se trouvent leurs savoir-faire critiques, comment elles travaillent avec leurs fournisseurs, ce qu'elles ont choisi d'intégrer - ou pas.
Et de suivre les évolutions !
La plupart des recruteurs de la mode et du luxe (internes ou externes) aiment naturellement se concentrer sur ce qui brille : le studio, le merch, la comm, le retail, les "DG" .
Chez Luxury Talents, on adore se concentrer sur les équipes qui font.
Celles pour lesquelles aucun storytelling ne peut remplacer la réalité : à un moment, il faut sortir le show. Et ensuite (souvent en même temps), il faut livrer la production.
Bref, je ne regarde pas le calendrier de la fashion week en me demandant (seulement) qui est le DA - je me demande si je sais bien comment les équipes de la marque "sortent le show".
J'adore :)